Mardi 6 octobre, 10 h 50, je décolle pour Sydney.
Voilà, bing, clair, net, ça c’est de l’intro qui tache.

Bon, plus précisément, je prends mon vol après une quasi nuit blanche. Je logeais à l’hôtel près de l’aéroport la veille, mais la chaleur étouffante de la chambre m’a séparé des bras de Morphée.

Détail qui aura son importance, car ce n’est pas comme si j’allais passer deux nuits dans un avion prochainement !

J’embarque donc sur la compagnie Etihad Airways. Le gars de l’agence de voyages m’avait vanté cette dernière comme l’une des mieux notées au niveau mondial, eh bien je ne peux que lui donner raison.

© Konstantin Von Wedelstaedt
© Konstantin Von Wedelstaedt

Tout y est neuf et super moderne. Écran tactile vous proposant une bibliothèque impressionnante d’applications, de films, de jeux et même de chaînes de télé. Carrément. Je me suis donc maté un peu de rugby en live à 10 000 mètres du sol.

Coussins et appui-tête vous sont aussi offerts.
Non, franchement, le grand luxe messieurs les Abudhabiens.

Enfin, le grand luxe, il est surtout en classe affaires. On est toujours obligé un moment donné d’y passer devant, et ciel, comme ça doit être autre chose de voyager dans ces petits modules unitaires, tranquille, à la cool, avec tout l’espace du monde pour s’étaler.

Mais bon, nous n’allons pas nous plaindre !
Je me retrouve pour ma part assis à côté d’une belle et jeune blonde américaine. Oui, parfois le seigneur pense à vous.

Et pas n’importe laquelle. Rien de moins qu’une fille de diplomate, qui parle un français parfait. Il faut dire que son père a travaillé à l’ambassade US à Paris et qu’elle a fait une partie de ses études a Montréal.

Bref, une vie en première classe.
Elle a goûté à la cuillère en argent dès la fin du biberon et y a pris goût.

Aujourd’hui, elle bosse dans une agence de communication, plus spécifiquement dans ce que l’on pourrait appeler l’e-réputation. Elle veille à ce que les sociétés qu’elle gère aient la meilleure image possible. Ce n’est pas très propre, mais c’est ce qui fait rêver tout élève à Sciences Po. À bas la morale, tant qu’on a le salaire.

Elle vit et travaille à Abu Dhabi et me confirme qu’effectivement, pays musulman oblige, on ne peut pas y faire n’importe quoi, mais qu’il existe tout de même des espaces de liberté pour pouvoir s’amuser comme on le souhaite.

Le côté musulman, on le ressent peu dans l’avion, mis à part la courte prière diffusée sur tous les écrans et haut-parleurs avant le décollage.

En parlant d’écran, nous avons la possibilité d’afficher une caméra située sous le nez de l’avion. C’est à la fois génial et terrifiant. Du genre, on aimerait dire au pilote : « Ça y est, c’est bon t’es sûr, on a assez de vitesse ? Tu veux pas encore attendre un peu avant de faire décoller l’engin ? ».

Mais le pire reste l’atterrissage, car on peut se rendre compte des écarts de direction qu’effectue l’avion une fois que les roues touchent le sol. Ce n’est clairement pas rectiligne ! Mais bon, ça passe, et me voici à Abu Dhabi.

Une envie pressante de m’allumer une cigarette, mais le doute m’habite quant à la possibilité de la chose au vu du pays où je me trouve. Et encore plus du fait que je ne suis ici qu’en correspondance, donc pas moyen de sortir de l’aéroport pour me trouver un petit coin tranquille.

Dans les immenses allées luxueuses du duty-free, je guette le moindre panneau et je tombe avec surprise sur une smoking zone. L’espoir renaît et il s’avère que ce panneau mène dans un bar typiquement américain, où les gens à table s’envoient des côtes de bœuf bien juteuses avec leurs portions de frites bien comme il faut.

Il faut traverser tout le bar pour accéder à une pièce fermée qui fait office de salon fumoir. Une dizaine de personnes peuvent être assises, les autres sont debout pour pouvoir en griller une. C’est donc ambiance aquarium, avec une atmosphère assez irrespirable, où il faut se battre pour accéder à un cendrier. Mais à défaut, entre 2 avions, 2 fuseaux horaires, dans un moment où on ne sait plus très bien où l’on se trouve, on s’en contentera.

Trois heures plus tard, 22 h 30, je suis censé repartir.
Oui mais en fait non !

Beaucoup de retard, et il s’ensuit une vérification manuelle inopinée des bagages personnels. Ce qui fait que la sécurité nous fait tous sortir du hall d’embarquement, pour nous faire re-rentrer un par un pour pouvoir fouiller les affaires des (nombreux) passagers.

À l’embarquement, les passagers de première classe obtiennent un petit sac contenant quelques produits en guise de dédommagement pour l’attente. Je vous rassure, nous, les petites gens, n’avons rien reçu !

Dans l’avion qui doit m’emmener à Perth, ça commence déjà à bien sentir l’Australie. Les Australiens sont en effet de sortie, avec leur physionomie unique bien carrée, et leurs appuis-tête aux couleurs de leur drapeau national. Mon voisin fait partie de la “team kangourou”, mais lui comme moi sommes plus en mode écroulés sur nos sièges dans l’espoir de dormir.

De la fenêtre du hublot, j’aperçois les 2 réacteurs. Donc 4 au total. Ce qui me rassure et m’effraie en même temps. Je réalise en effet que la majeure partie de la route se fera perdus au-dessus de l’océan. Pas exactement l’endroit où l’on souhaite qu’une couille arrive… La caméra en vue subjective pour le décollage n’en est que plus impressionnante, car on ressent vraiment le poids de la bête et la puissance qu’il faut pour la faire quitter le sol.

etihad_airways

Malgré la fatigue qui arrive, pas moyen de trouver le sommeil. Je me force tout de même car jetlag ou non, c’est la nuit dehors, et j’arrive au final à sommeiller plus ou moins… par moments. C’est une ambiance toujours un peu spéciale. Les lumières tamisées, la pollution lumineuse des écrans des passagers qui se diffuse un peu partout, les positions toutes plus étranges les unes que les autres que prennent ces derniers pour dormir. Et le petit ballet des hôtesses, qui vont et viennent avec délicatesse, comme une nourrice veillerait sur un berceau.

Après de nombreuses heures dans cette bulle hors du temps, hors de tout, je m’aperçois que le jour toque déjà à la vitre du hublot. L’heure du midi est même bientôt là déjà sur Perth. J’essaye de convertir l’heure locale avec celle d’Abu Dhabi, puis celle française, mais mon cerveau me fait une descente d’organe. À ce stade, “it doesn’t compute” !

On nous sert un petit lunch. Bon, ce n’est pas vraiment que j’ai faim mais enfin, tout le monde a l’air de manger avec appétit, on va donc suivre le mouvement.

Une fois tout débarrassé, il faut vite s’occuper de remplir les papiers d’immigration. Les rivages de la côte ouest australienne pointent déjà le bout de leur nez. La mer est d’un bleu turquoise des plus enchanteurs, digne de Photoshop. Quelques voiliers y tracent leur chemin, baignés par un soleil intense.

À l’approche de Perth, on peut s’apercevoir que la région est très désertique. De la terre sèche jaune ocre à perte de vue. La ville en elle-même fait assez modeste. On devine un petit centre-ville puis, pour le reste, que des bâtiments de hauteur modeste et uniforme. Comme une suite de pavillons.

© H T W Gay
© H T W Gay

La piste d’atterrissage finit sur la mer, il vaut donc mieux ne pas se rater !

Sorti de l’appareil, je fais mes premiers pas sur le sol australien avec un sérieux brouillard dans ma tête. Il faut pour autant retrouver un minimum ses esprits pour le passage devant les douaniers. Pour le coup j’ai juste eu besoin de dire bonjour, 15 secondes plus tard mon passeport était tamponné. Aucun justificatif demandé. Eh bien très bien, merci, au revoir mate !

Je mets un pied dehors, ciel bleu et bitume frais.
La fournaise.

Et encore, je suis à l’ombre. Car pour faire le petit point clope du jour, le seul îlot fumeur se trouve à 50 mètres en face de l’aéroport, au niveau du parking. Il faut donc affronter les flammes du soleil pour y accéder, mais une fois sur place, les bancs disposent tous d’un toit pour se protéger du cagnard. On vous taxe vos paquets un maximum, on vous limite les endroits pour fumer, mais on reste humain tout de même.

En repartant, je tombe sur un billet verdâtre laissé au sol. Je regarde à droite, à gauche, personne. Eh bien, in the pocket ! Malheureusement la fortune est encore loin, car je tiens entre les mains un billet de 5 ringgits. Hé, ça vous avance bien ! C’est la monnaie malaisienne, en fait, donc peanuts.

Après avoir lâché un de mes backpacks dans un casier, sous les yeux super curieux de 3 Asiatiques se demandant bien comment cette machine fonctionnait, je me décide à faire un rapide tour de l’aéroport international où je me trouve. Il est récent mais très petit, au final. Le gros du trafic international se trouve plutôt sur la côte est.

Les magasins de souvenirs sont remplis de drapeaux bleus, de kangourous et d’objets aborigènes.
Mais où est ma tour Eiffel, sacrebleu ?!

En montant quelques marches, il est possible d’accéder à un grand couloir qui se trouve être une baie vitrée, livrant une vue imprenable sur les pistes de l’aéroport, ce qui est sympathique. Même si l’activité est assez faible, c’est toujours cool de pouvoir regarder ces énormes engins qui iront plus tard défier la gravité.

15 h déjà, je repart à 22 h 55, mais devant me présenter 3 h au préalable, cela donne 19 h 55. En me renseignant, le bus pour le centre de Perth met 30 minutes pour s’y rendre. Il faut compter autant pour le retour. Il suffit que je me balade un peu, que je me trompe d’arrêt de bus ou que sais-je encore, et je pourrais vite rater mon vol. Disons que je ne me sens pas au taquet donc je le sens moyen. Le coup de massue fut le prix du bus, quelque chose comme 20 $. One-way! Are you kidding me?

Me voici donc à déambuler dans cet aéroport vide et calme, où le monde extérieur semble ne pas avoir de prise. Un peu (beaucoup) d’iPhone, visite des quelques commerces, lecture des magazines moto du coin (on ne se refait pas) et enfin, un bout de pizza.

Au moment du règlement, le caissier me regarda me battre avec mes billets, et tiqua beaucoup sur mon billet malaisien. Du genre, limite il luttait pour ne pas avoir un sourire jusqu’aux oreilles. Je lui demande alors : « Hey, what’s so funny about this one? ». C’est là qu’il m’apprend que ça ne vaut vraiment rien. Je m’en doutais évidemment, mais c’est à ce moment qu’il m’enleva tout espoir de pouvoir en tirer ne serait-ce que quelques dollars…

Le temps s’écoule doucement, mais finalement l’après-midi se termine enfin.

Je m’aperçois alors qu’il faut prendre une navette pour se rendre au hall d’embarquement des vols domestiques. Un autre hall est accessible à pied mais ne me concerne pas. Et c’est assez la foire d’empoigne, tout le monde jouant des coudes pour rentrer dans le bus avec famille et bagages.

Je devrai donc attendre la deuxième navette pour pouvoir m’installer.

La nuit est tombée, la chaleur est restée. Le bus démarre ses 10 minutes de route, éclairé par des réverbères à la lumière blanche intense. On emprunte une petite route puis une voie rapide. Et c’est tellement étrange de voir ce flot de voitures rouler à gauche. Pour eux c’est tout naturel, mais pour moi, ce n’est tellement pas naturel… Un peu comme essayer de lire un livre à l’envers. Mon cerveau est déjà assez perdu comme ça, cela ne fait rajouter qu’un peu plus de confusion.

L’aéroport des vols intérieurs a l’air un peu moins récent mais diablement plus vivant. Après m’être enregistré au guichet Virgin Australia, c’est reparti pour un peu d’attente. Il est drôle de remarquer que la clientèle paraît beaucoup moins touristique, maintenant. Pour eux, c’est un peu comme prendre le bus. Enfin, un bus sans roue. Qui volerait à 10 000 mètres d’altitude. À une vitesse proche de 1.000 km/h…

Depuis la salle d’attente, nous pouvons apercevoir au loin l’arrivée – ou plutôt le bal – des hôtesses de notre vol. Difficile de les rater en effet, Virgin oblige, leurs jupes longues rouge sang signalent leur présence des kilomètres à l’avance. Un bal, pourquoi ? Parce que oh la la. Si ce soir la beauté portait un nom, je l’aurais nommé australienne. Des beautés si proches mais en même temps si inaccessibles. Un avant-goût de l’enfer.

Mais bref !
L’embarquement commence, et sur la passerelle qui mène à l’avion, je me retrouve pas très loin derrière un couple avec leur fils de 7 ans. Le gamin, super excité malgré l’heure tardive. Sa mère m’explique alors que c’est son premier vol et que c’est un grand jour pour lui, après avoir raté une occasion de s’envoler il y a quelques mois.

Je regarde cette petite famille, et je me dis que l’Homme est fou.
Le gamin nerveux comme jamais, et les parents tout fiers de l’accompagner. Avec une confiance aveugle envers ce transport, cette technologie. Technologie que j’admire, mais par moments ne m’empêche pas de penser que je me trouve dans un cercueil volant. Je n’y monte pas aussi facilement et sereinement que dans un taxi et pourtant, pour certains ça en a tout l’air.

Dans cette brume de plus en plus dense où mon cerveau baigne, j’en viens même à faire un parallèle avec l’exploration de Mars. Oui ça se fera, et oui il n’y aura aucun problème pour trouver des volontaires. L’homo sapiens est aventureux par nature.

23 h heure locale, c’est reparti pour une nuit en avion. J’ai envie de tout envoyer valser contre un lit mais non, de nouveau je vais devoir faire semblant de dormir, malgré des yeux qui piquent.

Le pire est que j’ai réussi à trouver le sommeil un petit quart d’heure… avant que l’on nous serve des rafraîchissements. Après ça, rideau, j’ai bien senti que j’avais grillé ma seule opportunité pour dormir. Damn. Sigh.

Lendemain matin, 6 h heure de Sydney, l’aube arrive très timidement et nous survolons la ville. Et quel contraste avec Perth. Ici l’urbanisation paraît beaucoup plus importante, le centre-ville digne d’une ville mondiale, et ses grosses artères contiennent un flot incessant de véhicules qui, à cette heure matinale, ressemblent plus à des pastilles jaunes et blanches.

Je déambule dans les artères de l’aéroport pour accéder à la zone des bagages. Là, on sent que l’on est dans la grande ville. Des cafés et bars à l’ambiance rétro typiquement anglo-saxons jalonnent l’endroit à n’en plus finir, avec déjà leur lot de clients qui s’envoient un café tout en lisant leur journal. Après une attente interminable devant le carrousel à bagages, lieu de toutes les angoisses possibles, je reprends possession de mon sac à dos de 70 litres. Sur le ventre, un autre de 40 litres me tient compagnie. Bon eh bien ma foi, c’est parti maintenant !