Après une bonne nuit de sommeil, il est temps pour nous 4 de recevoir notre cours de scooter par notre hôte Mohazar.
Sans son aval, pas de scooter.

Pour le couple hongkongais, cela se fera assez facilement. La jeune femme ayant déjà conduit un 2 roues dans le passé. De manière très brève, mais elle a déjà une base, à comparer à son Jules qui lui n’a jamais conduit un tel engin. Mohazar la laisse très vite faire des allers-retours sur la ruelle en face de notre logement. C’est une conduite lente et timide, mais elle se débrouille, c’est donc réglé pour le jeune couple !

Maintenant c’est à notre tour, moi et ma collègue de Hong Kong. Premier exercice, ouvrir la poignée de gaz du scooter, à l’arrêt. Mohazar me montre qu’il ne faut pas tourner le levier comme un âne. Une fois ma main sur la poignée, la fébrilité monte. Mais je ne me laisse pas submerger, et amorce une légère rotation.

J’ai eu beau essayer d’être mesuré, j’ai tourné la poignée bien trop fort ! Le moteur s’emballe, Mohazar, avec un sourire, reprend les commandes et nous explique que c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Qu’en condition réelle, le scooter se serait cabré et j’aurais alors fini les fesses par terre.

Fort de cet avertissement, c’est au tour de ma collègue, qui elle passera le test en effleurant la poignée. Causant une légère montée en régime du moteur sans le faire hurler.

Grand fan de compétition moto que je suis, ayant entendu 1 000 fois l’expression « poser un léger filet de gaz », je viens d’en avoir un parfait exemple en face de moi.

Echec et mat, Mohazar a donc fait son choix, je dois laisser le guidon à madame. Elle fera aussi quelques allers-retours du pâté de maison, à très faible allure, avec l’assurance d’un nouveau-né qui commence à marcher.

Je ne me moque pas car je ne ferais sans doute pas mieux. Je constate juste qu’on est parti pour un sacré rodéo, et qu’il faut être fou pour nous laisser partir.

Et fou d’accepter de partir.

Ce n’est clairement pas raisonnable, clairement dangereux, mais sans moyen de locomotion nous n’allons rien découvrir de l’île…

Nous laissons le couple partir de leur côté, mais nous convenons de nous retrouver un peu plus tard. Avec ma conductrice en formation, nous décidons de jeter notre dévolu sur la plage de Tanjung Rhu.

Cette plage se trouve sur la pointe nord de Langkawi.
Kuah, où nous nous trouvons, se situe de manière presque rectiligne à l’opposé au sud. A vol d’oiseau nous sommes séparé de 15 km. Mais entre ces 2 lieux, en plein milieu de l’île, se trouve une immense forêt impénétrable. C’est simple, de la même manière qu’un périphérique, nous avons le choix de la longer par la gauche ou par la droite, les 2 routes se rejoignant au nord. Le trajet est donc tout sauf direct, et de 15 km nous passons à 20 km.

Que 5 km de différence me direz vous, mais 5 km de plus où je risque une chute !

Nous prenons la décision de contourner la forêt par la gauche. 20 km épiques, où nous dépasserons tout juste les 25 km/h. Ce qui me va très bien, tellement la mort nous attend au tournant. Heureusement le traffic est quasi nul.

C’est à cette allure d’escargot que nous découvrons la Malaisie rurale. Tout du moins pour moi, qui n’avais connu que les villes de Melaka, Kuala Lumpur et George Town. Bien que la peur au ventre, j’apprécie tout de même la balade. Une nature tropicale qui nous entoure, par moment maîtrisée par l’Homme pour l’agriculture, par d’autres pas du tout. Nous croisons des tous petits villages, où vous trouverez toujours quelques tables installées le bord de la route pour se sustenter. Il fait beau, il fait chaud, je profite du moment présent et de la brise qu’amène la “vitesse” du scooter.

Une fois arrivé aux abords de Tanjung Rhu, nous laissons le scooter sur le bas-côté.
Comme les casques. Un truc impossible en France…

Cette plage méritait amplement ce périple sur 2 roues !
Le sable est si uniforme qu’il parait nivelé, un plaisir pour les yeux, et également pour les jambes. Quoi de plus agréable que de marcher le long d’une plage de sable.

La mer n’est pas d’un bleu turquoise paradisiaque. Mais elle oscille entre le vert et le bleu avec un ton très intense. Une teinte que je n’avais pas encore connu auparavant, et qui est splendide. Ce n’est peut être pas un bleu turquoise, pour autant nous ne sommes pas loin du paradis.

Au loin, plusieurs amonts de terres sont dispersés au milieu de cette mer. Tous recouverts d’une végétation luxuriante propre aux climats chauds et humides. Ce qui finit de donner à cette plage ce goût d’exotisme.

Les amonts de terres sont nombreux, car Langkawi est en fait un archipel constitué de 99 îles. Pour autant l’île principale où je me trouve englobe 95% de la superficie totale de Langkawi.

En longeant la plage, nous croisons un groupe de jeunes enfants faisant les pitres dans l’eau et ils s’en donnent à coeur joie. Tous habillés de la tête aux pieds, comme le veut les moeurs locales il faut croire. Ces derniers, avec des sourires jusqu’aux oreilles, nous saluent lors de notre passage, entre 2 tentatives de noyades sur leurs voisins.

Après avoir bien profité de l’endroit, nous reprenons la route.

Et cela, grâce à bibi !
En effet ma collègue, qui n’est pourtant pas une princesse, a toutes les peines du monde à démarrer notre engin. Je dois donc user de mes forces pour le démarrer avec ma jambe. Je ne suis donc pas qu’un poids mort qu’elle transporte, je me sens un peu utile et c’est fort réconfortant. Meme si ca fait de nous une belle équipe de bras cassés tout de même !

En chemin, nous nous arrêtons au premier boui-boui que nous croisons pour nous restaurer.

On a beau se trouver au milieu de rien, comme en ville, vous tomberez sur des micros espaces de restaurations. Un chapiteau, quelques tables en plastiques et hop. A vous un buffet au bord de la route proposants plusieurs plats, conservés à température ambiante. Et dire que je ne suis jamais tombé malade.

En reprenant la route, nous croisons notre couple !
Ils sont motivés pour faire une activité dans le coin, et ils nous emmènent au nord-est de l’île, là où se trouve des mangroves à visiter.

Pour cela nous arrivons sur un petit port de fortune qui sent bon la bricole.

La scène est assez photogénique, avec ce dédales de pontons en bois mouvants, et ces nombreux bateaux, tous de couleur bleu, qui mouillent en rang d’onions, remuant au grès du courant.

Difficile de se prononcer sur leur nombre, une cinquantaine, une centaine ? Tous vident de passager, il est étrange de les voir ainsi, on pourrait penser à un cimetière marin. Il faut croire que nous sommes en basse saison.

Au guichet, le booking inclut plusieurs activités qui font gonfler un peu la facture. Bon, c’est toujours dérisoire converti en euro, mais vous connaissez ma politique. Mais allez, je me laisse convaincre. Je suis. Le couple est très motivé, et il faut bien lâcher un peu de lest de temps en temps.

Nous nous frayons alors un chemin sur le ponton, et une personne s’occupe vite de nous et nous invite à monter sur son embarcation. Pouvant contenir 10 personnes maximum, les 4 personnes que nous sommes n’auront pas trop à se battre !

Malgré mes réticences, je succombe quasiment instantanément au plaisir de voguer sur les flots. Le bateau étant assez effilé et léger, le puissant moteur nous propulse à une vitesse folle. Bon on atteint pas les 80 km/h mais on est bien plus rapide que sur notre scooter ! Je profite de me prendre des courants d’air frais dans tous les sens. Quel soulagement dans cette chaleur tropicale.

Nous glissons sur l’eau, laissant de longs bras d’écume derrière nous.
Nous nous frayons un chemin à travers cette multitude de petites îles à la végétation imposante. D’autres sont encore plus impressionnantes, s’élevants sur plusieurs centaine de mètres, composées principalement de roche.

Sur l’une d’entre elles est accroché des lettres géantes dans le même style que celles à Hollywood.
KILIM GEOFOREST PARK.
Ouais, bon, avec ce décors tropicale j’ai plus l’impression de me trouver à Jurassic Park !

Au loin, nous voyons quelques embarcations identiques à la notre, immobiles. Notre chauffeur se rapproche un peu et s’arrête également. Un spectacle gratuit s’offre à nous.

En effet, le ciel est parsemé de petits points noir.
Ces points ce sont des aigles, des putains d’aigles !

Ils tournoient dans les airs telles des rapaces, avant d’effectuer un rapide piquet en direction de l’eau pour pêcher de la nourriture.

Quelle scène inattendue !
Nous profitons tous de pouvoir admirer les descentes de ce majestueux animal. Notre chauffeur a eu beau nous faire plaisir et rester à cet endroit 5 grosses minutes, ce ne fut pas suffisant pour réussir à prendre des bonnes photos ou vidéos exploitables ! Ils étaient encore bien trop loin même en zoomant. Et la vitesse à laquelle ils se projettent rendait la tâche vraiment ardue pour obtenir quelque chose de correct.

Le parcours devient vraiment dépaysant. Nous pénétrons en effet au sein de la mangrove, suivant un brin d’eau d’une dizaine de mètres de large. Ce paysage de nature morte, avec toutes ces branches entremêlées hors de l’eau, telles des squelettes, est réellement étrange et unique.

Plus loin, nous ferons une rapide escale pour suivre un court chemin nous permettant d’évoluer au milieu de la mangrove. Nous traversons également quelques grottes où des chauves-souris y habitent à l’occasion.

Nous reprenons ensuite notre traversée de cette nature sur pilotis encore quelques minutes, avant de nous arrêter pour une dernière escale.

Une scène encore assez unique, où au fond d’une petite crique, plusieurs bâtiments en bois bricolés se trouvent posés sur l’eau. Certaines de ces baraques sont véritablement immenses, et contiennent un nombre impressionnant de tables pour manger. Vides aujourd’hui, je me redis ainsi que nous sommes vraiment en basse saison et que nous avons bien de la chance !

Notre chauffeur nous arrête sur un autre îlot artificiel.
Nous sommes accueilli par des locaux. Le plus jeune d’entre eux nous fera le tour du propriétaire.

L’îlot héberge de nombreux bassins, qui ne sont au final que des filets disposés sur l’eau. Ils y font vivre toute la faune aquatique locale pour les montrer aux touristes. De la plus étrange…à la plus étrange !

Je passe les bassins où vivent des poissons certes parfois un peu étrange. Passons de suite au moment où nous avons fait face à des raies ! Quel moment random les amis.

On vous donne de la nourriture de la taille d’un petit cube, et vous pouvez nourrir les raies.

Vous placez votre main au bord du bassin sur le rebord, la raie sort alors de l’eau de façon très énergique, et vous engloutis avec la moitié de son corps pour vous prendre la nourriture. Elle vous saute littéralement dessus, et la premiere fois je n’ai pas pu refréner le fait de retirer ma main par réflexe de survie ! Regarder sa main être recouverte par le corps plat de cet animal visqueux est une experience… Surtout le fait de se laisser faire, de subir.

Plus loin, tel dans une maison de l’horreur, j’ai encore rendez-vous avec l’étrange.

Alors là les enfants je ne saurais décrire cette bête. Une sorte de crabe avec une carapace dure sur le dos. Sur le ventre, des pattes dans tous les sens comme un mille-pattes. Et un aiguillon en guise de queue. Et on vous propose sereinement de poser cet animal dans le creux de votre main !

Je me ferais extrêmement violence pour accomplir cette tâche. D’ailleurs nous ne sommes que 2 courageux dans le groupe ! Avec toutes ces pattes, la sensation est vraiment bizarre, il faut vraiment se résonner pour supporter la chose.

Après la visite de quelques autres bassins, contenant toujours des espèces curieuses, nous reprenons le bateau pour cette fois rentrer et quitter la mangrove. Visite ainsi très improbable et remplie de fantaisies, que je ne regrette pas du tout !

Avant de nous-même rentrer à Kuah, nous passerons voir les chutes d’eau de Durian Perangin. Elles ne se trouvent en effet qu’à quelques kilomètres du départ des bateaux. 

Pour cela il faut remonter un peu la route principale Jalan Ayer Hangat, puis couper à gauche pour prendre une petite voie, qui se transforme bien vite en petit chemin. Nous pénétrons ainsi l’épaisse forêt qui se trouve au centre de Langkawi.

Durian Perangin Waterfall est un lieu reposant et onirique.
Plus que des chutes, c’est surtout un complexe. Au milieu de la jungle, une petite rivière a fait son nid. Un débit quasiment nul dû aux nombreux rochers présents sur son passage.

Sur les côtés se trouvent des chemins, des escaliers, des passerelles, reliés par des petites cabanes.

Ce n’est pas LE passage obligé à Langwaki. Mais en ce jour, et surtout en cette heure, la visite revêt un caractère particulier. En effet, la fin de la journée approche. La luminosité baisse, et évidemment c’est encore plus le cas au milieu d’une forêt, les arbres faisant obstruction.

Ainsi, ce complexe d’escalier déjà très charmeur, bénéficiait d’un supplément d’âme grâce à cette lumière de fin de journée. Une luminosité faible laissant peindre une teinte bleue, fade, froide de l’endroit. Pour un résultat romantique, et enchanteur.

Nous n’en avons pas fini de jouer avec la lumière.

En effet, après avoir quitté Durian Peranguin Waterfall, il est grand temps de retourner à Kuah avant la tombée de la nuit. Surtout vu notre équipe de choc composée d’amateurs sur 2 roues !

Sur le chemin du retour, nous longeons des paysages de cartes postales. A ma gauche, d’immenses rizières s’offrent à mes yeux, qui s’étalent sur tout l’horizon.

A l’horizon justement, s’élèvent sur plusieurs centaines de mètres une forêt épaisse. La lumière légèrement orangé, signe que le crépuscule est proche, inonde le ciel et installe une ambiance surréaliste de cinéma.

Ce n’est pas un « classique » ciel épris d’une couleur rouge vif. Non, c’est vraiment une teinte très légère, qui installe un climat de douceur nostalgique immédiat.

Cette teinte se reflète sur les quelques poches d’eaux présentes sur les plantations. Au milieu de tout cela, des petites baraques agricoles viennent se perdre dans le paysage. A se demander si des gens vivent ici. Je ne peux m’empêcher de penser à la ferme familiale de mes grands-parents, de transposer leur histoire ici, et d’imaginer la vie des fermiers du coin.

Je n’ai même pas eu besoin de demander à ma conductrice de s’arrêter. Elle l’a fait d’elle même. Elle aussi, prise par ce spectacle que la nature nous offre.

Nous prendrons quelques minutes pour en profiter.

Avant de rentrer définitivement sur Kuah pour terminer cette journée délicieuse.